Sidney Olcott, le premier oeil

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23 mars 2014


 

 

Enfin ! La tombe de Sidney Olcott existe à Toronto. J'ai vu sa photo !



Juin 1988
, cela fait près de deux heures que j'arpente les allées du cimetière Park Lawn à Toronto, la capitale de l'Ontario, Canada. Je cherche la tombe de Sidney Olcott.
À l'accueil du cimetière, on s'est étonné. « Et vous venez de France pour ça ?  C'est qui ? Il est célèbre ? »
« Il le fut »,
réponds-je. Je leur sers mon laïus sur la carrière d'un des plus prolifiques réalisateurs du cinéma muet. Leur compatriote. Je leur parle de sa mère Mary Allcott, au côté de laquelle il repose.
Dans un meuble à tiroir, le préposé extirpe une fiche. « Voilà. Décédée en 1903. Il y a aussi un JS Allcott. C'est dans la zone G. » Mais encore ? Le préposé me tend une feuille, le plan du cimetière, et à l'aide d'un stylo trace un cercle. « C'est ici ! »
-  Il n'y a pas une indication plus précise, une allée, un repère ?

Les cimetières anglo-saxons se distinguent de nos cimetières avec leurs allées et leurs tombes alignées côte à côte. Ici ce sont de vastes zones engazonnées d'où émergent des dalles verticales. Parfois il n'y a rien.
Dans le cas d'Olcott, l'employé du cimetière m'a parlé d'une dalle d'un demi-mètre carré, posée à plat sur le sol. Et pour m'aider m'adjoint un fossoyeur muni d'une barre à mine.
Durant deux heures, nous allons arpenter le secteur G. « Le gazon a sans doute recouvert la dalle », dit mon aide. De temps en temps, il sonde à l'aide de sa barre à mine. Un son mat, il découpe la pelouse et met au jour une plaque. « Non. » Deux heures plus tard et quelques « glongs », nous ne sommes pas plus avancés. Je décide de mettre un terme à la chasse au trésor.
À part un gros coup de bol, il faudrait des jours pour retourner les centaines et centaines de mètres carrés de pelouse de la zone G et mettre au jour la tombe d'Olcott. Il y a 22 000 sépultures au cimetière de Park Lawn ! En quittant Toronto, je me demande même si cette tombe existe et si je la verrai un jour.
Car en plus de la nature des cimetières anglo-saxons, quelques conditions objectives n'aident pas à faire émerger le dernier domicile d'Olcott. Sauf à éclaircir les zones d'ombre, Olcott est le fils unique de Mary Allcott. Lui même n'a pas de descendance. Une tombe tombe très vite en déshérence si personne ne s'en occupe.

Février 2003, dans la salle de lecture de la cinémathèque d'Amsterdam, je lis un article sur Olcott que je ne connaissais pas, publié en 1995 par la revue Classic Images dans son n° 244. L'auteur, Jim McPherson, décrit ainsi la tombe : Une dalle surmontée d'une pierre sur laquelle est inscrit : « A la mémoire de ma chère mère/Mary Allcott/morte le 12 novembre 1903/à l'âge de 80 ans/Le Christ fut son guide/son fils John S. Allcott/mort le 19 décembre 1949 ».
Une autre dalle porte la mention : « A la mémoire de/John S. Allcott/« Sidney Olcott »/mort en Californie/le 16 décembre 1949/à l'âge de 76 ans ». À la gauche de l'inscription, une croix celtique où est gravé « manque cruellement ».

La tombe existe donc bien. Je cherche à entrer en contact avec Jim McPherson. Je découvre qu'il est journaliste au Toronto Sun, où il est chroniqueur télé. Pas d'adresse e-mail personnelle. Je passe un message au rédacteur en chef pour apprendre que McPherson est parti en retraite et qu'il est mort il y a peu de temps, en 2004. Pas de chance !

28 mars 2013, je lance des messages sur Find a Grave. Ce site Internet participatif répertorie cimetières et tombes dans le monde entier. Il y a bien quelques notices sur des gens inhumés à Toronto, mais rien sur Olcott. Interrogé, un honorable correspondant de Find a Grave, auteur de près de 70 000 notices nécrologiques, qui connaît le cimetière canadien mais, n'a jamais entendu parler d'Olcott. Il promet d'effectuer des recherches.

22 mars 2014, l'après-midi, je rédige pour Find a Grave la notice de Gene Gauntier et de sa sur Marguerite. Je jette négligemment un il à la page consacrée au Park Lawn de Toronto. Et que vois-je ? Une notice consacrée à Olcott. Et surtout La photo de sa pierre tombale. Voilà l'élément manquant qui m'a toujours empêché d'écrire cette nécrologie.

Cette photo a été postée par un ami de mon honorable correspondant, auteur lui-même de près de 15 000 posts. Le plus étonnant est qu'il vit à des milliers de kilomètres de la capitale de l'Ontario, à Essex, en Angleterre.

Internet c'est vraiment génial !


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