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Sidney Olcott, le premier oeil

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22 novembre 2021


 

 

 

 

L'enfant caché de Gene Gauntier



Dans 
un précédent post, je révélais que Gene Gauntier est enterrée depuis 1973, en Suède, aux côtés de sa sœur Marguerite et de son beau-frère, Axel Wenner-Gren, qui fit une immense fortune avec Electrolux. Gauntier est morte en 1966, à Cuernavaca au Mexique. Ses cendres ont été rapatriées en Suède avec celles sa sœur pour être enterrées au château de Häringe, résidence estivale des Wenner-Gren où reposait déjà le milliardaire suédois, depuis 1961.

En parcourant le site Internet Find a Grave, j’apprends que Gene Gauntier a épousé Harry Richard Pottery le 2 janvier 1901 à Kansas City, Missouri. Et un court article, paru dans The Kansas City Times, relate l’évènement le 4 décembre : 
« Le mariage de Mlle Genevieve Gauntier Liggett et M. Harry Richard Pottery a eu lieu hier après-midi dans la maison des parents de la fiancée, M. Et Mme James Wesley Liggett, 3000 Prospect avenue... Le révérend George Combs a présidé la cérémonie qui fut suivie par une grande réception. Le couple est parti en fin d’après-midi pour un voyage dans l’Est. »
En poursuivant l’investigation, je trouve sur ancestry.com le certificat de mariage de l’État du Missouri. Une ligne intrigue : la mariée est âgée de plus de 18 ans. Or quand on consulte tous les papiers officiels (passeport, certificat de décès…), Genevieve Liggett est née le 26 août 1885. Elle n'a donc que 15 ans quand elle se marie. Apparemment, Pottery n’a pas enlevé la jeune femme puisque le mariage se déroule au domicile de ses parents qui connaissent l’état civil de leur enfant et, on imagine, avec leur consentement.
Qui est Harry Richard Pottery ? Il est né le 6 avril 1874 et a grandi dans le Kansas, il est trésorier de l’Auditorium Company, une salle de spectacles de Kansas City, dit The Wyandotte Herald (20 décembre 1900) dans un écho annonçant le futur mariage. Une autre source (The Kansas City Times, 10 juin 1905, p. 11) nous dit que Gene Liggett a rencontré son futur à l’école de théâtre de l’Auditorium, sans préciser la date. Sans doute en 1900. 

Mariée donc à 15 ans, elle se produit sur les planches dès l’âge de 16 ans dans des troupes intinérantes.
En 1903, Gene Gauntier, son nom d’actrice, est à l’affiche de la pièce « An American Gentleman », produite par son mari. La tournée est décevante. 

Le 10 juin 1905, The Kansas City Times annonce le divorce de Gene Gauntier, après une décision de justice : 
« Elle a obtenu la garde de leur enfant, Jean. Mme Pottery a déclaré dans sa requête que son mari l'avait menacée de mort à plusieurs reprises et l'avait traitée de manière indigne. »
On apprend donc que Gene et Harry ont eu un enfant prénommé Jean. Récapitulons : Gene Gauntier se marie à 15 ans et demi. Elle divorce à 20 ans. Mais entre-temps est né un enfant, le 30 mars 1905, 3000, Prospect Avenue. Un garçon prénommé Jean Jerome.

Le 3 décembre 1906, The Kansas City Star titre : 
« Le fils de Gene Gauntier est mort » : « Jean Jerome Pottery, le fils de Mme Genevieve Pottery, est mort dans la maison de son grand-père, James W. Liggett, 3000 Prospect avenue. La mère de l’enfant, connue sous le nom d’artiste de Gene Gauntier, était à Dayton, Ohio, avec la troupe de « The County Chairman ». Elle doit arriver ce matin. »
Je n’ai pas retrouvé le certificat de décès du petit garçon sur mes sites habituels mais sur celui de l’état-civil du Missouri qui ne propose pas d’image du registre de décès de l’époque mais une page Internet donnant les éléments du fichier (avec photo souriante du secrétaire d’État du Missouri). 
Sur la page on a :
-  le comté où est mort l’individu (Jackson), le numéro du registre (c 19510), la page (68), le nombre (24238) 
-  le nom (Potten), le sexe (M), la couleur (W, blanc), l’âge (1), le métier (?) 
-  la date de la mort (01/12/1906) ; nationalité (KC.MO, Kansas City, Missouri) ; lieu de naissance (?)
-  le lieu du décès (3000 Prospect avenue) ; la cause (inanition) 
-  le nom du signataire du certificat (Henry Croskey)

Une petite remarque : l’OCR n’est pas une science exacte. Elle est tributaire de la qualité de l’écriture de celui qui a rempli le formulaire. Ainsi le nom du notre défunt « Pottery » est devenu sur le site « Potten ». Impossible donc à retrouver en tapant sur un site le nom originel. C’est sans doute le pourcentage d’erreur toléré eu égard aux millions de pages qui sont numérisées.

Au-delà de cette tragédie, ce qui frappe c’est le silence qui entoure cet épisode de la vie de Gene Gauntier. Aucun des centaines et des centaines d’articles qui lui ont été consacrés et que j’ai pu consulter ne parle de son mariage ni de la mort de son enfant. Elle est aussi muette à ce sujet dans 
Blazing the Trail,  son autobiographie.


    

Faute de sources privées, j’ai épluché la presse américaine pour tenter de reconstituer la vie publique de Gauntier durant cette année cruciale.  Juin 1906, l’actrice est à New York. La saison théâtrale est terminée. Elle a signé pour jouer dans « The County Chairman », la pièce à succès de George Ade. Mais avant de partir en tournée en septembre, elle accepte la proposition de Sidney Olcott de jouer dans un film « The Paymaster » pour l’American Biograph and Mutoscope Company et dont j’ai parlé dans un post précédent. Le film est diffusé à partir du 28 juin.

Dès septembre 1906, grâce aux journaux locaux, on suit le périple de la troupe de « The County Chairman » dont Theodore Babcock est la vedette. Elle comprend une soixantaine de personnes ! Elle est en Pennsylvanie, début septembre, en Virginie à la fin du mois. Puis ce sera, en octobre, la Caroline du Nord, en novembre L’Alabama, la Géorgie, le Tennessee, le Kentucky… Elle reste à l’affiche plusieurs jours dans les grandes villes. Deux jours à Atlanta (Géorgie), à Memphis (Tennessee), trois à Louisville (Kentucky)… La troupe se déplace en train.

Lorsque Jean Jerome décède le 1 décembre, Gene Gauntier est à Dayton (Ohio). Elle retourne à Kansas City. 

Le 5, The Champaign Daily News, quotidien de l’Illinois annonce que « The County Chairman » sera jouée à la Walker Opera House samedi 8, avec Gene Gauntier en vedette. Est-ce possible? Il n’y a pas de compte-rendu du spectacle. On a du mal à imaginer la jeune femme sur scène quelques jours après la mort de son petit garçon.

Aujourd’hui, en bus Greyhound, il faut plus de 15 h pour relier Dayton à Kansas City, distant de 1000 km environ. Combien en train à l’époque? Sans doute plus. Disons une bonne journée. L’actrice n’est pas chez ses parents avant le 3 et plus vraisemblablement le 4. Il faut près de 11 h, toujours en Greyhound pour gagner Champaign, Illinois. Assez de temps donc pour revêtir le costume de Lucy Rigby, le 8. L’article du Champaign Daily News est une annonce, en fait un communiqué du théâtre. Compte-tenu des délais de bouclage, il était sans doute trop tard pour rectifier l’info.


 
Ce n’est que le 21 décembre et l’article de The Omaha Daily News (Nebraska) que je retrouve trace avérée de Gene Gauntier. Le critique l’a trouvé « délicieuse ».

Néanmoins, selon le site findagrave.com, le petit garçon n’est enterré au cimetière Elmwood de Kansas City, Missouri, block J, lot 7, que le 7 avril 1907. Normal ! le froid glacial gelant le sol du centre de l’Amérique empêche les fossoyeurs de pouvoir creuser, laissant donc à Gene le temps d’embrasser la dépouille de son fils et de rejoindre sa troupe.

Le comportement  de la jeune femme interpelle bien sûr. Avec ces quelques éléments, il n’est pas difficile de diagnostiquer qu’elle n’avait pas beaucoup d’instinct maternel. Ambitieuse, mal mariée, Gene Gauntier n'avait sans doute pas de place dans sa vie exaltée pour un petit garçon qui n'aura vécu que 20 mois.

Le 11 mai 1912, à Jérusalem durant le tournage de « From the Manger to the Cross », réalisé par Sidney Olcott, Gene Gauntier épouse Jack J. Clark, le jeune premier de Kalem avec qui elle a partagé l’affiche dans des dizaines de films. Le 1er février 1918, le couple divorce. Ils n’ont pas eu d’enfant. 

Gauntier abandonne le cinéma au début des années 20. Le temps des pionniers est passé. Elle devient journaliste, romancière, profite des largesses de son beau-frère qui possède des propriétés en Suède, à Paris… Elle voyage, raconte ses débuts dans Blazing the Trail, une autobiographie publiée en feuilleton par le mensuel féminin Woman Home Companion en 1928-29. 

Ses retours à Kansas City sont l’occasion d’articles où Gene Gauntier livre quelques confidences. Ainsi le 23 novembre 1930 dans The Kansas City Star, elle répond à une question du journaliste qui s’étonne qu’elle vienne de Suède, avec sa sœur Marguerite, juste pour enterrer les cendres de son père : 
« Nous sommes une famille du Missouri. Papa et Maman et leurs enfants sont nés dans le Missouri et ont vécu une grande partie de leur vie, ici, principalement à Kansas City. Nous avons une grande concession au cimetière d’Elmwood. C’est un site merveilleux qui pour nous est sacré car beaucoup de gens que nous aimions y sont enterrés. Nous l’aimons. Il y a 11 ans, Maman est devenue handicapée et j’ai arrêté ma carrière de star du cinéma pour m’occuper d’elle. Nous vivions avec ma sœur à Stockholm. Pour elle, j’ai organisé une croisière en bateau depuis la Suède jusqu’en Amérique du Sud en espérant que cela la soulagerait. Ça n’a pas marché. Elle est morte en 1924 et, après la crémation, j’ai rapatrié ses cendres jusqu’à Kansas City et les ai enterrées à Elmwood. Pour ce voyage j’ai ramené les cendres de Papa et les ai placées à côté d’elles. Quelle que soit la distance qui nous sépare de Kansas City, nous reviendrons tous, un jour ou l'autre, pour être enterrés à Elmwood. »
Elle n’a pas un mot pour Jean Jerome qui est inhumé avec ses grands-parents ! Elle n'a pas tenu parole. Aucun des trois enfants de James W. et de Ada J.Liggett n’est enterré avec ses parents. Richard Green (1880-1941), l’aîné, l’est au Memorial Park Cemetery and Sunset Gardens à Kansas City, Missouri au côté de son épouse ; Gene (1885-1966) et Marguerite (1890-1973) sont inhumées à Häringe Slott, sous une pierre viking, à une cinquantaine de kilomètres de Stockholm (Suède).
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